michel henritzi

23.09.18

INTERVIEW PARU DANS LA REVUE PERSONA #4 - Hiver 2018

 

Michel HENRITZI – Entretien 9 décembre 2017 (à La Colonie) –

par Natacha Thiéry

pour la revue PERSONA #4 – Hiver 2018

 

Un jour de 1995, la vision de Dead Man de Jarmusch t'a donné envie de reprendre la guitare...

Effectivement. J’ai été fasciné, avant même les images, par la bande son très minimaliste de Neil Young, et ce leitmotiv magnifique. Cela coïncidait pour moi avec la rencontre de Fabrice Eglin, avec qui j'ai joué par la suite dans Howlin’ Ghost Proletarians. Il jouait du feedback, faisant sonner cette matière abstraite et rude de façon très sensuelle et mélodique. J'ai longtemps traîné dans la noise, et ce genre de musique extrême est pleine de tabous : on s'interdit les mélodies mélancoliques, on s'autocensure. Dead Man m'a donné envie de retrouver des émotions personnelles. Pourquoi me l'interdire ? Et d'autres films ont contribué à me libérer : Les Ailes du désir, où Wenders revenait à une narration poétique, même déconstruite, ou Yeelen de Souleymane Cissé, autour d'un conteur. Cela m'a amené à interroger le rôle d'un musicien : finalement, comme les bluesmen, nous sommes des passeurs, essayant de transmettre des histoires porteuses de sens. Je n'ai plus de complexes. Je peux jouer des choses ultra sentimentales en solo comme de la noise extrêmeavec le groupe Dustbreeders.

Mon grand rêve, ç'aurait été d'être guitariste rythmique de Nick Cave ou de Bashung, mais j'en serais bien incapable. Si l’on ne sait pas écrire de chansons de façon traditionnelle, une autre manière de raconter des histoires est de penser sa musique en termes de cinéma, de chercher des voies obliques. Tous mes univers sont construits comme un cinéma sans images : des histoires parfois très intimes, sur lesquelles je ne peux pas mettre de mots. J'ai une approche visuelle de mes projets.

Quand tu joues, as-tu justement en tête des films, y compris imaginaires ?

Oui... Ce qui m'a nourri, c'est avant tout le road movie, des premiers Wenders ou Jarmusch à Candy Mountain de Robert Frank. Il y a une poésie de la route, à laquelle Kerouac m'a ouvert. C'est le cadre idéal pour écouter et penser la musique. Dans le road movie, ce n'est pas le cinéma qui restitue la route, c'est la route qui crée le cinéma. Et je suis fasciné par les paysages, dans la réalité comme en peinture ou en photographie. Quant aux films sur la musique, Step Across the Border de Humbert et Penzel est à mon sens le plus fulgurant. Il a capté Fred Frith à sa meilleure époque, la plus inventive, entre moments mélodiques et improvisation abstraite. Et ce noir et blanc ! J’aime aussi Control d'Anton Corbijn (sur Ian Curtis), qui a eu l'intelligence de faire vraiment chanter et jouer les acteurs. Quant à Godard, c'est un génie de la bande son. Même si j'aime beaucoup Luc Ferrari, le meilleur disque de musique électro-acoustique que j'aie jamais entendu, c'est la BO d'Histoire(s) du cinéma. Il télescope Coltrane et Beethoven, un vrai travail de DJ fondé sur le collage et la déconstruction. Avec le martèlement de la machine à écrire, qui crée un véritable beat. Je me souviens que Sonic Youth rêvait d'avoir un disque produit par Godard...

Parmi tes projets, certains sont-ils liés au cinéma ?

Oui. J'ai un projet d'installation vidéo avec le cinéaste Vincent Guilbert1, pour la Villa Médicis hors les murs, sur une génération de musiciens japonais dont la pratique est en train de disparaître. Comme le saxophoniste Masagoshi Urabe ou le chanteur Kan Mikami. J'ai aussi fait la bande son du documentaire Héritage de Benoît Perraud, inspiré du livre féministe d'Angela Davis sur trois blueswomen. J'adorerais imaginer une musique pour un cinéaste comme Jim Jarmusch ou pour le Coréen Hong Sang-soo.

Ta musique se déploie en-deçà du narratif, dans l'ordre du sensoriel. C'est une vibration ample et comme inarticulée qui traverse, se répercute, se prolonge, même dans le silence après le son.

Oui. Voilà pourquoi j'appelle ça de l'abstract blues, terme inventé par deux amis japonais, Taku Sugimoto et Tetuzi Akiyama, tout deux guitaristes. Il y a une part d'abstraction, alimentée par toutes sortes d'histoires personnelles, de fantasmes, etc. J'essaie de partager une émotion. Le rapport au temps, cette obsession de vouloir remplir le temps, est un défaut occidental. J'apprécie chez les musiciens japonais leur indifférence au temps, car la musique a ses propres nécessités, et leur désinvolture. Ce qui relèverait pour nous du plantage leur apparaît comme naturel. Pour eux, la musique est un simple moment de la vie, avec des accidents et des passages à vide. Mais le vide précède le plein, l'annonce, le dit, et est aussi porteur de sens. J'ai beau le savoir et le partager, le vide me fait peur. J'aimerais pouvoir sentir ma musique sans penser au public, avec un côté « c’est à prendre ou à laisser ».

Tu collabores énormément avec des artistes japonais, musiciens (Rinji Fukuoka, Masagoshi Urabe, Junko, Tetuzi Akiyama…), photographes (Kumiko Karino), danseuses hurleuses (Yôko Higashi) ou calligraphes (Ibuki Kuramochi)... Que trouves-tu chez eux ?

Je suis fasciné par le Japon, particulièrement le Japon du quotidien, urbain ou provincial, avec ses relations humaines fondées sur la distance, une façon d'être ensemble qui n'a rien à voir avec la nôtre. Et y on trouve des musiques si singulières. Ma découverte s'est faite avec « Opposite », de Taku Sugimoto,l’un des plus beaux disques de guitare que je connaisse. Un voyage incroyable, qui ne ressemble à rien de connu : c'est du blues, mais comme joué par un musicien traditionnel venu d’un autre temps, un temps comme troué, cyclique. Les Japonais ont puisé à toutes les musiques existantes, avec le talent syncrétique de se les réapproprier et d'en faire une œuvre pleinement personnelle, comme William Burroughs en littérature. Cela rend caduque l'idée de modernité ou de nouveauté à tout prix. Les Japonais entretiennent avec ces choses un rapport naturel, notamment avec la question de l'ego. Une fausse note y participe de la beauté de la musique, de son attache au monde réel.

Ta musique travaille et joue avec la matérialité du son.

Oui, c'est justement ce que je recherche. Marc Ribot m’a libéré en déclarant qu'il avait appris à amplifier ses défauts au lieu de les masquer. J'aborde la guitare comme un générateur de sons. On a six cordes, mais aussi les micros et les pédales, le bois, les barrettes : tout peut être instrument. Et je joue de façon percussive, dans le frottement, le tapé. Je fais cela à l'instinct. Souvent, sans savoir pourquoi, je suis tenté de fracasser la guitare contre le sol, de l’exploser !

Peut-être parce qu’on a l’intense impression d’une implosion à l’œuvre dans ta musique et ta façon de l’interpréter, et de la nécessité que ça sorte, que ça jaillisse...

Absolument ! Très jeune, j'étais fasciné par le discours anarchiste des punks ou de groupes plus intellos comme Einstürzende Neubauten : détruire les idoles, détruire pour reconstruire... Mais aujourd’hui, ce qui compte pour moi dans la noise, c'est l'engagement du corps. J'arrive parfois dans les parages de la transe, de l'oubli de soi, du moi. Il n'y a plus que l'instrument, le corps débarrassé de la culture et une émotion violente.

À propos du son et de son grain, pourquoi travailles-tu notamment avec le lapsteel ?

Mon choix d'instruments est souvent le fruit du hasard, mais j’aime le son du lapsteel. Il est d'une grande profondeur, d'un boisé sombre qui permet de voyager. C'est un instrument sous-employé hors de la musique country et de la musique hawaïenne, ce qui a été une chance pour trouver mon propre style : ça me laissait les oreilles complètement vierges et une grande liberté. Il y a tant à faire avec un lapsteel ! C'est un instrument qui ferait merveille dans le metal et le grindcore...

Ta musique me fait penser à celle de Loren Connors. Vos manières respectives de jouer, de travailler la matière sonore, vos univers semblent dialoguer.

Oui, il est une influence importante, comme Vini Reilly (Durutti Column) avant lui. Loren Connors a fait un seul disque, dont tous les autres sont des déclinaisons. Idem pour Derek Bailey, hormis son projet fondé sur le feedback. J'aime les artistes obsessionnels, qui creusent le même sillon en allant toujours plus loin.

Te dirais-tu hanté ? Aimes-tu les fantômes ? La hantise vous est commune, à Connors et à toi, une sorte de volupté de la mélancolie : y consentir, la métaboliser. Prolonger par la musique le dialogue avec les absents, morts ou lointains.

Je ne saurais mieux dire ! Il y a un rapport paradoxal au temps dans la musique, comme dans le cinéma. Quand on écoute un disque, on est dans un présent qui a eu lieu. Je suis effectivement accompagné par des fantômes, qu'ils viennent de mon histoire personnelle ou d'ailleurs, comme Carson McCullers : elle a beaucoup compté. Pour jouer, j'ai besoin d'être dans un état d'émotion, et convoque donc mes fantômes. Les Cramps comparaient très justement un tourne-disques à une table tournante. Mais d’un concert à l’autre, ce ne sont pas les mêmes émotions que j'exprime. Car malgré ma nature mélancolique, j'ai aussi en moi beaucoup de colère. Quand je joue de la noise, je pense souvent à Kathy Acker. Elle m'a ouvert les yeux sur le féminisme et les questions d'identité, car chez elle les identités sont troubles et changeantes. Et d’autres, plus « innocents », comme le personnage de Johnny Depp dans Dead Man. J'aime beaucoup son glissement vers la fin, car la question de la fin m'obsède. Elle est très présente dans mes titres, comme pour le prochain album de O'Death Jug, Owls Die at Dawn. Voilà ce que c'est d'avoir écouté Joy Division en boucle !

Tu as d’ailleurs un vrai don pour les titres et les noms de groupes, comme Dustbreeders, Howlin’ Ghost Proletarians, O’Death Jug parmi d’autres !

Ces noms sont souvent des emprunts. Dustbreeders vient d'une œuvre de Marcel Duchamp, « Élevage de poussière » : or rien n’y ressemble plus qu'un vinyle oublié sur une platine. Au début, on ne jouait qu'avec des mange-disques, on était des sortes de DJ noise trash ! « Howlin' Ghost », c'est le feedback : quand on est face à l'ampli, un dialogue s'instaure avec ce fantôme qui revient. L'idée était de faire du blues à partir du feedback. Et Fabrice est un orfèvre du feedback, dont il a une approche sensuelle, qui caresse plutôt qu'elle n'agresse. Quant à « Proletarians », le terme est devenu désuet, il agace, mais je le revendique. Même si d'une certaine façon je suis un petit-bourgeois, je ne renie pas mon origine prolétaire. Sans être un ouvrier comme mon père, je travaille sur des machines, dans mon métier comme dans ma musique, et j'éprouve une fierté par rapport à ça. Je me suis fait tout seul, et cela ne m'a pas empêché d'acquérir une culture. Dans le centre de tri où je travaille, beaucoup de mes collègues partent du principe que nos patrons sont plus intelligents que nous. Cette espèce de résignation a le don de m'exaspérer !

Dans ta performance au Bal en décembre 2016, tu te produisais avec l’œuvre de la photographe Kumiko Karino et en présence de la danseuse/hurleuse Yôko Higashi. Or, dans ton jeu avec l'ampli et la guitare, j’ai vu une sorte de chorégraphie, de danse en duo, comme si tu étais en dialogue avec elle(s) mais aussi avec tes fantômes, que tu convoquais et chassais à la fois.

Que ce soit sur un film ou des photographies, je me laisse juste toucher par les intensités de lumière, comme une partition stroboscopique. Cela relève presque du flicker ! C'est à cette condition qu'il y a de belles rencontres, par accident. Sur scène, je perds toute pudeur. Pour moi, un musicien est d'abord un corps, qui danse avec son instrument. Et encore, je suis contraint par le lapsteel dont il faut jouer à plat. Quand j’accompagne Yôko, j'aimerais bien parfois lâcher mon instrument. Et je fais une sorte de danse immobile sur ma chaise.

Comment décides-tu des collaborations que tu engages ?

Il s'agit de gens que j'ai vus jouer, généralement au Japon, et avec lesquels j'ai envie d'instaurer une relation créatrice. Rinji Fukuoka par exemple est un violoniste extraordinaire, un John Cale en plus barré. Je n'aurais jamais osé jouer avec lui, car il est très doué et technique, mais c'est lui qui m'a proposé de faire un concert ensemble et nous nous sommes très bien entendus. Junko est à part : c'est moi qui suis allé la chercher, timidement. Elle faisait partie de Hijokaïdan, le plus important groupe noise japonais avec Merzbow. C'est la personne au monde avec laquelle je rêvais de jouer. Elle doit avoir une malformation du larynx, car dans des concerts solo, je l'ai vue hurler non-stop pendant une heure comme dans Poltergeist, mais avec un calme olympien, sans aucune hystérie. Lorsqu'elle s'arrête, elle est absolument paisible et adorable, comme un chat après une phase d'excitation. Sa voix extraordinaire évoque Yoko Ono mais sans le côté intellectualisé... Junko, c'est un incroyable flot vocal qui se déclenche puis s'arrête en nous laissant abasourdis, ivres ou sourds. Elle a fait du cri un poème.

Qu'est-ce qui t'a attiré au départ vers la noise ?

Mon incapacité à jouer dans un groupe punk ! Adolescent, j'aurais rêvé d'être guitariste ou bassiste d'un groupe comme Joy Division, de trouver un chanteur magnétique aux textes formidables. J'adore l'ambiance des groupes de rock. Ma vocation s'est donc déclarée par défaut, mais la découverte de Marcel Duchamp, Joseph Beuys ou Guy Debord m'a aussi amené à penser la musique différemment. Le rock ne permettait pas une telle approche oblique ou critique, et c'est tout naturellement que je me suis tourné vers des pratiques différentes. Très tôt, j'ai découvert Throbbing Gristle, qui avait un vrai discours social et politique, très influencé par Burroughs. À partir de là, tout s'enchaîne : le surréalisme, Dada... Or la noise permet d'inclure une densité d'information incroyable. Ça me semblait le geste le plus radical de créer ce mur de bruits avant que la société du spectacle ne le détourne à son avantage. Notre société est dans une culture de l'extrême, même la publicité l'utilise comme bande sonore. Aujourd'hui le silence me semble bien plus radical ! Dans La haine de la musique, Pascal Quignard disait que « quand la musique était rare, sa convocation était bouleversante comme sa séduction vertigineuse. Quand la convocation est incessante, la musique repousse. Le silence est devenu le vertige moderne. Son extase ». Jouer contre ce mur de bruits en s’adossant au silence est totalement jouissif, et permet d'atteindre la transe.

1 Vincent Guilbert est l’auteur de April’s Shadows (2012), qui accompagne la rencontre entre Henritzi et plusieurs musiciens japonais. Le film est disponible sur le site Dérives.tv : http://derives.tv/april-s-shadows/

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10.09.18

MAJUTSU NO NIWA & TOMOYUKI AOKI/MOCHIZUKI HARUTAKA EUROPE TOUR 2018

I'm proud to announce the european tour of Japanese Psychedelic Bands

Majutsu No Niwa + Tomoyuki Aoki (Up-Tight) & Mochizuki Harutaka

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04.11 GENEVA - Cave 12

05.11 LYON - Ground Zero

07.11 BRUXELLES - Ateliers Claus (+ aoki/harutaka)

08.11 STRASBOURG - Diamant D'Or (+aoki/harutaka)

10.11 METZ - Mediathèque Paul Verlaine (+aoki/harutaka)

12.11 LONDON - Cafe Oto (+aoki/harutaka)

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03.08.18

ミッシェル・アンリッツィが描く「汎」と「孤」~福岡林嗣+M.アンリッツィ『Desert Moon』/ふじゆき+M.アンリッツィ+望月治孝『白い顔』

2018年08月03日 08時34分25秒 | 素晴らしき変態音楽


8月1日(水)DOMMUNE「Plateaux of NOISE23 / 現代ノイズ進化論23」にPataphysique Records、Musik Atlach特集コーナーでアーティストのSACHIKOの相手役として出演した。1時間という短い間だったが、Overhang Party~魔術の庭を中心に、94年から現在まで24年間続く稀有なインディ・レーベルの歴史と作品、そして信念について概要だけでも伝えられたことと思う。特に印象的だったのはNO PROGRESSというタイトル通り、進化を求めるのではなく「ただやり続けるだけ=アクチュアル/現在(代)性」の発露だった。フランスのダダ/シュルレアリスト、アルフレッド・ジャリの小説に由来する「パタフィジック」、最新作『プロとコントラ』のシチュアニスト的「転用」主義、SACHIKOの民話や神話に接近したサイケデリック精神、すべてが進化なきアクチュアリティに他ならない。



Pataphysique Records/福岡林嗣と関わりの深い海外アーティストのひとりがフランスのギタリスト、ミッシェル・アンリッツィである。1959年、フランス・メス生まれのアンリッツィは88年ノイズバンド「Dustbreeders」で活動、99年から日本の地下音楽に深く関わるようになり、三上寛、友川カズキ、杉本拓、秋山徹次、浦邊雅祥、福岡林嗣といった多くの音楽家たちのヨーロッパツアーを企画。自身の運営するレーベル「Bruit Secret」からは灰野敬二、向井千惠、中村としまる、Sachiko M、杉本拓の作品をリリースする。またライターとして日本の音楽に関するエッセイを音楽誌やライナーノーツに寄稿している。そんな日本通のフランス地下音楽家ミッシェル・アンリッツィの近作を紹介する。

●福岡林嗣+ミッシェル・アンリッツィ『Desert Moon』


『プロとコントラ(pro et contra)』と同時リリースのPataphysique Records最新作。2002年からコラボする福岡/アンリッツィ・デュオの5作目に当たるアルバム。福岡がエレクトリック・フィドルとヴォーカル、アンリッツィがラップ・スティール・ギターに加え様々なエフェクトを担当。シャンソンの「暗い日曜日」にはDana ValserとJunko(非常階段)がゲスト・ヴォーカルで参加。Sachikoデザインの荒廃した月面のアートワークに相応しいダークなメランコリアが横溢したサウンドは、日仏地下音楽の精鋭が共有する終末感の反映であろう。しかし聴き終わった後に残された希望の光は、暗い日曜日を生き抜かなくてはならない人類への慈愛に満ちている。

“Desert Moon” FUKUOKA Rinji & Michel HENRITZI 5th Album



●ふじゆき+ミッシェル・アンリッツィ+望月治孝『白い顔』


フランスのAn′archivesレーベルの「Free Wind Mood 自由な風のように」シリーズの最新作。大阪のアンビエントデュオSarryの女性ヴォーカリスト、ふじゆきと静岡のサックス奏者、望月治孝とのトリオ作品。日本側がそれぞれレコーディングした素材をアンリッツィがオーバーダブしエディットする形で制作されたようだ。ふじゆきの呪術的なヴォーカル、望月のセンチメンタルなサックス・プレイ、そのどちらも日本の心の奥底にある「怨」を暴き出す演奏だが、アンリッツィが西洋的な「愁」を加えることにより、DARK SIDE OF JAPON的な幽玄が生まれている。『Desert Moon』が「汎」だとしたら、『白い顔』は「孤」の音楽と言えるだろう。

shinjuku blues - michel henritzi


八月の
濡れた砂漠の
白い影

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14.07.18

RECORDS UPCOMING 2018

MINEKO ITAKURA / SHIN'ICHI ISOHATA / MICHEL H. "Keiko Blues", (Split 10') An'Archives (Fra) - 2018

O'DEATH JUG "Owls die at dawn", (CDR) Dyin'Ghost Records (Fra) - 2018 

 

 

 

 

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BIOGRAPHIE


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Michel Henritzi – guitars, lapsteel, amp ...

From abstract blues to noise.

Performed and recorded with : Kumiko Karino, Junko (Hijokaïdan), Rinji Fukuoka, A Qui Avec Gabriel, Masayoshi Urabe, Chie Mukaï, Tamio Shiraishi, Mico K.Mical, Yukiko Nakamura, Yoko Higashi, Tetuzi Akiyama, Taku Sugimoto, Shin’ichi Isohata, Toshimaru Nakamura, Masafumi Ezaki, Ami Yoshida, Ito Atsuhiro, Jojo Hiroshige, Fumio Kosakai, Sei'ichi Yamamoto, Mochiyuki Harutaka, Tomoyuki Aoki (Up-tight), Akiko Hotaka, Ikuro Takahashi, Yuki Fuji & 231" (Sarry), Kiyoharu Kuwayama, Tetsuo Furudate,  Ibuki Kuramochi, Dot.es, Eddie Marcon, Mattin, Bruce Russell, Miguel Prado, Ivar Grydeland, Luca Massolin, Quentin Dubost, Bruno Fernandes, Yves Botz, Thierry Delles, Xtof Sorro, Julien Louvet, Nicolas Moulin, Fergus Cullen, A (aka Greg Henrion), Aya Onishi & the Nihilist Spasm Band.

Member of : Dustbreeders (w. Yves Botz and Thierry Delles), Howlin’Ghost Proletarians (w. Fabrice Eglin), Mile of String (w. Thierry Delles) O Death Jug (w. Christophe Langlade) Dana Valser (w. Eva Fernandez and Christophe Langlade)

Concerts in : France, Japan, Switzerland, Portugal, Spain, Belgie, Neederland, Germany, Danemark, England and Ireland.Walking_in_the_shadow

Discography :

Michel Henritzi, Mochizuki Harutaka, Yuki Fuji "Shiroi Kao" on An'Archives (Fra) 2018

Michel Henritzi & Rinji Fukuoka "Desert Moon" on Pataphysique Rec. (Jap) 2018

Michel Henritzi & A Qui Avec Gabriel "Koyonaku" on Bam Balam (Fra) 2016

Michel Henritzi & Rinji Fukuoka "Dark Carnival" CDR on Dyin Ghost Rec 2016

O'Death Jug "Magnetic Fields" CDR on Dyin Ghost Rec (Fra) 2016

Dana Valser "Antiguo" CD on Three-Four Rec (Switzerland) 2016

O'Death Jug "Dusted" CDR on Dyin Ghost Rec (Fra) 2015

Michel Henritzi & junko "Behind the Door" CD on Blossoming Noise (USA) 2015

Michel Henritzi & Rinji Fukuoka "Descent to the Sun" LP on Bambalam (Fra) 2014

Junko "Noise of Voice" 5XCD + 1DVD (jap) 2014

O'Death Jug "The Ballad of Sad Cafe" CDR N.O.T (Fra) 2014

Michel Henritzi & Rinji Fukuoka "Eclipse in Berlin" Cassette (Fra) 2014

Junko "Voice & Destoroy" 2XCD Teichiku (jap) 2014

Michel Henritzi / Junko / Rinji Fukuoka "Billions Years of Sight" split LP An'archives (Fra) 2014

Michel Henritzi & Junko  "Moi Non Plus / Shibari" 7' Anarchofreaks (fra) 2013

Michel Henritzi "Yokohama No Shadows" CD - Dyin' Ghosts (fra) 2013

Michel Henritzi & Rinji Fukuoka "Le Jardin Bizarre" CD - An'archives (fra) 2013

Michel Henritzi & Junko "Fear of Music / Berlin, w.Love" 7' - L'Esprit de l'Escalier (usa) 2013

Michel Henritzi & Junko "Live/Dead" CDR - Les Champs Brûlent (fra) 2012

Michel Henritzi & Rinji Fukuoka "Outside Darkness" CD - PSF (japon) 2011 

Michel Henritzi "Walking in the Shadow" CDR - N.O.T (fra) 2011

Michel Henritzi "Kyoto No Tsuki & Dyin' Shadows" CDR - Dyin Ghost Rec. (fra) 2011 

Michel Henritzi & Junko "Berlin No Tsuki" CDR - Tochnit-Aleph (germany) 2010

Michel Henritzi, Junko & E+S=B "Dublin No Tsuki" CDR - Last Of Our Kind (ireland) 2009

Michel Henritzi, Junko & Masayoshi Urabe "Ecstasy of the Angels" CD - Opposite (usa) 2009

Michel Henritzi "Shinjuku Blues & Whispering Shadows", CDR - Dyin'Ghost records (fra) 2009

V.A "Inner Ends of the Coils", CDR - Nothing Out There (fra) 2009

Michel Henritzi "Walking with the Shadows" MP3 - Laraskito (spain) 2009

Michel Henritzi, Junko, Aya Onishi & Rinji Fukuoka "Live", CDR - Anarchives (fra) 2008

Michel Henritzi, Junko & Mattin "Je t'aime!" CDR - Absurd (greece) 2008

Michel Henritzi "Nothing" CDR - Dyin'Ghost records (fra) 2008

Michel Henritzi, Shin'ichi Isohata, Xavier Charles "duo(s)" CDR - o-musubi (japon) 2008

Michel Henritzi & Tetuzi Akiyama "broken blues" CDR - Absurd (greece) 2007

Michel Henritzi (feat. Bruce Russ ell, Taku Unami, Shin’ichi Isohata, Mattin) " Keith Rowe serves Imperialism " CD - wmo/r (eusk) 2006

Michel Henritzi, Rinji Fukuoka & Kumiko Karino " Live at U.F.O Club " DVD- There (japon) 2006

Michel Henritzi / Brandon Labelle / Minoru sato / Guiseppe Ielasi / Achim Wollscheid " Social Music " Book + CD - Errant Bodies (usa) 2002

V.A " Meeting at Offsite vol.1 " CD - IMJ (japon) 2002

Howlin'Ghost Proletarians "The Last Farewell" miniCDR - Nothing Out There (fra) 2009

Howlin’Ghost Proletarians " The Singer " CDR - Absurd (greece) 2006

Howlin’Ghost Proletarians " Dead Roads " CDR - Absurd (greece) 2004

Dustbreeders (feat. Junko) "The Missing Bar" LP - 214 (fra) 2016

Dustbreeders & Junko "s.t" DVDR - 0E dans l'O (france) 2006

Dustbreeders / Guilty Connector " Bells " CDR - Utsu Tapes (japon) 2003

Dustbreeders & Junko " Mommy Close the Door " CD - Starlight Furnitures (usa) 2003

Dustbreeders " Le Proces Cannibal " LP - Elevage de Poussière (france) 1999

Dustbreeders "Starship of slaves / Promenade dissonance" 7' - Non Mi Piace Rec (france)

Dustbreeders "Poem for chairs, bench & turnin tools / Cargo" 7' - Elevage de Poussière (france)

Dustbreeders "I'm Psycho 4 yur love" 7' - Elevage de Poussière (france) 

Filmography

"City of Mirrors" a film by Truong Minh Quy, music by Michel H.

"April's Shadows" a film by Vincent Guilbert, music by Michel H./Rinji Fukuoka/Tetuzi Akiyama/Aqui avec Gabriel/Akiko Hotaka

"Un train pour Obaida" a film by Kristof Guez, music by Michel H.

"Heritage" a film by Benoit Perraud, music by Michel H.

"Ghost World" a film by Jerome Boulbes, music by O'Death Jug

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26.06.18

YUKI FUJI / MICHEL HENRITZI / MOCHIZUKI HARUTAKA "Shiroi Kao" on An'Archives

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SHIROI KAO

Disque hivernal, fleurs et flocons, il y a le bleu du ciel où le souffle s'évapore, épouse les nuages blancs, le chrystal de la voix et les notes cuivrées tomberont comme une neige humide sur un temps passé, quelque chose n'est plus et pourtant. Souffles de la voix et d'un saxophone alto, calligraphies soniques dessinées sur la page blanche du silence, griffée par les cordes d'un lapsteel mélancolique. Courbes et tourbillons ascendants, appellant l'orage. Quelque chose pleure, un alto au bord du gouffre, on ne renonce pas à ce qui nous hante, ca nous appelle, nous tient comme au bout d'une corde. Mochizuki Harutaka est comme un asphyxié, écoutez le ! Il joue des phrases tristes sur cette pierre tombale, ce wall of noise. Le bruit assourdissant des larmes et du cœur, tout çà coule là dans l'embouchure, le pavillon débordant de notes maigres, de pétales de chrysanthèmes, de stridences, d'étouffements. Puis une voix semblant sourdre d'autres temps, Yuki Fuji ectoplasme flottant dans le murmure du crépuscule, nous prennant la main contre son cœur, lied infiniment mélancolique, ses longs cheveux noirs la recouvrant, échappant à la terre qui nous tire à elle. Elle flotte, Ophélie noyée, ondine serpentant vers une mélodie appaisée. Cordes frottées, un écrin de soies et de rouilles s'envellopant autour de sa voix, au loin s'en vont les nuages. Il reste le corps flottant, visage blanc, infini paysage, les ombres dévorantes qui gagnent. D'anciens folklores joués pour cette danse oubliée, cordes percussives, glissendi plaintifs. Un banjo au loin rappelant la tourbe de l'existence. Etait-ce toi, ces voix ? Le sax reviendra dans la ronde, la voix tue, s'accordant au lapsteel dans un jeu de miroir brisé, deux soliloques entendus à travers un brouillard de tristesse, le crépuscule nous appelant à rejoindre nos ombres. Michel Henritzi assis dans l'anti-chambre face à ce visage blanc silencieux, la barre glissant sur les cordes, les notes mourants avec le souffle du sax. Un feedback qui meure ou est-ce nos pleurs ...

Yuki Fuji – voix

Mochizuki Harutaka – saxophone alto

Michel Henritzi – lapsteel, guitar, banjo, percussions

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25.06.18

MOCHIZUKI HARUTAKA / MAKOTO KAWASHIMA spli LP is out on AN'ARCHIVES

Front

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Harutaka Mochizuki | Makoto Kawashima

Blowin’ by the wind 

Le Japon a lui aussi donné des légendes à l’Histoire du free-jazz dans les années 70 avec des saxophonistes comme Kenji Mori, Akira Sakata, Mototeru Takagi et surtout le plus iconoclaste de tous : Kaoru Abe. Abe a marqué cette histoire du sceau de la fulgurance et du tragique, mort d’overdose il n’avait pas 30 ans, éclipsant Milford Grave lors d’un concert a Tokyo, lui planté dans le public déchirant les applaudissements fait à Graves par un foutu chorus resté dans les mémoires. D’autres monstres cuivrés sont venus arpenter l’archipel depuis, yōkai soufflants, souffrants, sublimes : Tamio Shiraishi, Yasunori Yanagawa ou Masayoshi Urabe. Ceux-là aussi hors-piste jazz, fût-ce-t-il free, provocants, irrévérencieux, nous emmenant à leur tour dans l’inouï, le sacrilège fait à ce jazz importé par les G.I. après-guerre. Out of control, que ça joue et que ça saigne, coup de lattes dans une musique d’ameublement. Depuis le jazz cool avait repris la main.

Depuis quelques temps un truc se réveille dans les clubs du Japon, de jeunes gens enragés redécouvrent cette Histoire, se l’approprient et la bousculent, enfilant les fringues trouées de Kaoru Abe. Let’s play, feel free. A bout de souffle, alto aux lèvres, avec toute l’arrogance de la jeunesse ils jouent free comme dans le temps mythique des clubs : Gin Paris, Gaya ou Pit-Inn.

An'archives produit un split album avec deux figures jumelles de ce free vaudou : Makoto Kawashima et Harutaka Mochizuki, deux échos sublimes de ces lointains orages disparus dans le désert dévorant du village global. Et le vent se mit à souffler ...

Le premier album de Makoto Kawashima est paru sur le label mythique P.S.F. qui avait sorti des albums de Kaoru Abe, Masayuki Takayanagi ou encore Keiji Haino. Adoubement de ce jeune sax alto qui reprend le free là ou Abe l’avait laissé dans sa sauvagerie dernière, pour sa façon aussi de désosser de poisseuses mélodies, les écorcher littéralement ; ça joue, couine, vocifère, pleure tour a tour, décomplexé, les émotions balancées là dans son jeu de funambule. Corde raide. Les notes se télescopent, se désagrègent, s’enroulent et explosent dans l’air. C’est juste beau, si la beauté peut être de mourir dans le son, par le son. Il semble aujourd'hui comme débarrassé de l'influence de ses maîtres souffleurs, même s'il reste dans un dialogue bruyant avec ses fantômes, avec ce qui le hante, dialogue avec ce corps de cuivre percé, se laissant aspirer par les esprits des dieux du vent et du tonnerre : Fujin et Raijin. Mauvais garçon du jazz, jouant du saxe comme on joue du couteau, tranchant dans le vif d'un thème, saignant le son dans une ruelle obscure de l'inconscient de la musique, noise. Il a appris des insurgés du free à contourner les règles policées, policières du jeu académique, laissant sourdre une putain de mélodie d'un brouillard sonique rageur, à préférer marcher sur un fil au-dessus du vide que sur un passage clouté. Saut à travers les nuages, sa musique est aérienne mais foutrement sombre, bouffée par la nuit intérieure. Ça joue, entrant toute sa rage et sa désespérance dans le corps de métal, les poumons avec, corps retourné à l'intérieur de son sax, ectoplasme errant entre les couacs, les crachats soniques, les mélodies blessées, les chorus avortés dans la vibration d'un air chargé de particules métalliques. Makoto Kawashima ne serait pas l'ombre portée d'un Kaoru Abe ou d'un Mototeru Takagi mais le cri d'une génération perdue qui refuse de s'effacer dans la répétition mortifère du même, blast.

Harutaka Mochizuki semble moins dans la fascination de cette insurrection sonique des sixties, free, lui joue comme un autiste sourd aux bruits des modes et du temps. Son jeu est comme tourné vers l'intérieur, ce qui hante nos vies, la sienne. Il ne cherche pas à cacher les bruits de l'instrument, alto patiné, au cuivre piqué, mais au contraire à exhiber, faire entendre, monstration du cirque intime du sax, souffles, salives sonores, jeu asthmatique, mélodies comme crachées dans l’air. Il a écouté Masayoshi Urabe et ça s'entend, mais chez lui il y a une vraie fragilité dans son jeu, comme un fil tendu dans l’air où s’accrochent des notes maigres, tremblantes, soufflées là à nos oreilles, susurrées. Il aspire l’air de la ville pour le recracher sous forme de mélodies tremblantes, moribondes, trouées de lents silences et c’est sublime. On aurait pu s’attendre à un jeu hystérique, à une logorrhée incandescente comme toute sa génération de vauriens punk, non, Harutaka est trop sensible, son jeu trop fragile, trop tourmenté. Il écrit de foutues mélodies sur le vent, au loin s'en vont les nuages et les notes plaintives. Corps tordu dans l'écart de la scène, pantomime souffrant, soufflant d'électriques chorus, phylactères obscènes d'onomatopées zébrées suspendues dans l'air autour de son sax alto, joué d'une main, l'autre faisant de grands signes à ses démons intérieurs. Il danse solitaire dans son pavillon obscur, bouche dévorant l'instrument, corps à corps, avalant la musique avec lui. Il y a comme une grande solitude dans sa musique, même si parfois il s'accorde à d'autres, comme la voix de Tomoyuki Aoki, dandy velvetien - guitariste du groupe psychédélique Up-Tight - pour reprendre de vieux airs de karaoké. Harutaka joue comme nu, flottant dans la nuit électrique, l'alcool coulant dans la bouche de l'alto. Poésie de l'écart, le son comme un bateau ivre, on tangue et putain c'est beau.

Michel Henritzi

https://anarchives.com/

  

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19.06.18

IKURO TAKAHASHI/MICHEL HENRITZI live at Diamant d'Or, Strasbourg - 29.05.18

 

 

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03.06.18

UP-TIGHT in Metz - 17 Novembre 2017

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02.06.18

MOCHIZUKI HARUTAKA in "Le Son du Grisli"

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Il y a presque quinze ans paraissait Solo Document 2004, premier disque du saxophoniste – et chanteur – Harutaka Mochizuki. En quatre improvisations, le jeune homme prouvait que d’un souffle voulu difficile pouvait naître une expression certaine. Au jeu des comparaisons, on pouvait oser les noms d’Albert Ayler ou de Martin Küchen, mais quelque chose n’allait pas. Les provocations de Mochizuki cachaient de toute évidence autre chose qu’une énième révérence au free jazz ou à l’improvisation libre.

Déjà en 2004, un air – pour ne pas dire une mélodie – s’insinuait au fil de l’exercice : au creux d’un souffle timide ou derrière un sifflement, une habile soustraction de notes ajoutant sans cesse au contenu musical. Aujourd’hui, le mystère reste entier et, même : après l’écoute de Through the Glass et de Short Short, deux nouveaux solos de saxophone, n’a-t-il pas épaissi ? Mochizuki a beau dire qu’il a passé du temps entre son premier solo publié et ces deux disques-là, la première intention est la même : chanter la bouche fermée par le bec d’un alto.

Vingt minutes et puis dix, voilà pour Through the Glass. Aux souffles embarrassés pourront succéder des sifflements et à un chapelet de notes amoindries un bruyant dérapage : le saxophoniste n’abandonnera jamais la mélodie étrange qu’il a construite sans même que l’auditeur s’en aperçoive. Mais lorsque le motif l’atteint enfin – ce Summertime rebelle mais qui vacille –, ce-dernier comprend qu'il n’a pas été à la hauteur. Trop distrait, ici, pour saisir telle nuance, trop occupé ailleurs à chercher, en lieu et place du musicien, une conclusion à son exercice. Pouvait-il s’attendre alors, pour finir, à ce bruit de verre brisé ? 

La seconde pièce de Through the Glass pourrait faire l’effet d’une ligne tracée à la craie sur un tableau noir. C’est donc l’histoire d’une trace et celle d’un passage, ce que redit Short Short en deux très courtes faces. C’est là une cassette tirée à 51 exemplaires, certes, mais toujours différente puisque Mochizuki les a enregistrées l’une après l’autre en combinant deux morceaux tirés de manière aléatoire d’un répertoire de dix. Quelle mélodie l’auditeur entendra-t-il alors ? Acceptera-t-il d’ignorer jusqu’au titre des deux pièces qu’il possède ?

La bande tourne déjà : le passage a commencé et la trace se laisse entendre au gré de la progression d’un alto fragile. Derrière le premier souffle il y a une, deux ou trois notes à la peine et des bruits impromptus : il y a surtout un air qui reviendra plusieurs fois, disparaîtra ensuite, reviendra à nouveau. Aussi fragile que l’instrument duquel il est sorti, aussi iconoclaste que le musicien qui l’a inventé. C’est une somme de mystères qui provoque une exceptionnelle attente.

Guillaume Belhomme

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